L'ascension du mont Kilimanjaro (fin)

Jeudi 18h. Nous commençons à dîner. Nous sommes un peu plus silencieux qu’à l’ordinaire. C’est pour cette nuit. On commence à se poser 15 000 questions. Est-ce que je mets mon 3ème bonnet ou pas ? A quel moment est-ce que je mets mes chaufferettes dans mes gants ? Comment je fais si je veux faire une 'pause technique' ? Est-ce qu’il y aura un coin où me cacher ?


Jeudi 19h. Tout le monde est dans sa tente. Les sacs sont prêts. Les tenues également. Il faut essayer de dormir car les guides nous réveillent à 23h15 pur un départ à minuit.


Jeudi 21h. Je ne dors pas. Pas assez fatiguée. En train de me dire que si je ne dors pas assez, je serai fatiguée pour l’ascension. Les Polonais à côté de nous ont mis la musique à fond…


Jeudi 23h15. Réveil. Ca y est. On se prépare comme si on était des astronautes prêts à décoller dans la fusée. Petit-déjeuner : une tasse de café ou de thé chaud accompagné d’un petit biscuit sec. On nous explique qu’on ne doit pas manger plus sous peine d’avoir des problèmes digestifs du fait de l’altitude.


Jeudi minuit. On est partis, les uns derrière les autres. On est tellement emmitouflés qu’on a du mal à se reconnaître. On commence à prendre le petit sentier et nous nous rendons rapidement compte que nous ne sommes pas les seuls à grimper. En fait, quasiment tout le camp est embarqué sur le sentier. Pourvu que les autres randonneurs ne nous ralentissent pas. En effet, nous sommes un groupe de randonneurs sportifs et nous parcourons les étapes en moins de temps que prévu à chaque fois.


Vendredi 1h. On marche au ralenti. L’objectif est de ne surtout pas marcher trop vite du fait du manque d’oxygène. Cela pourrait nous être fatal et ce serait retour immédiat au camp. Les guides ont pris une bouteille d’oxygène au cas où. On voit les autres groupes s’arrêter sur le bas côté pour diverses raisons. Pour l’instant je suis dans les pas de mon amie qui marche juste devant moi. Tout va bien.


Vendredi 3h. Je commence à fatiguer. En me retournant, je constate qu’il n’y a plus qu’une amie derrière moi. Je me demande où sont passés les 4 garçons. J’aperçois furtivement quelques ombres. J’en déduis qu’ils doivent être derrière. Une ombre s’approche de moi et me demande si tout va bien. Je lui réponds que oui.


Vendredi 4h. On n’en peut plus. On fait une pause. Nous sommes 5 à présent. Il manque toujours 2 garçons. Un des guides nous explique qu’ils sont derrière. Aucun moyen de vérifier. Je n’ai mal nulle part. Je n’ai pas froid. Je n’ai pas faim. Mais ma tête me dit que j’ai besoin de faire une pause. Je demande à braver un interdit et sollicite une barre de céréales. Le guide nous voit bien fatigués. Ils nous prennent les sacs à dos qui pèsent au moins 5 kg. On est tellement fatigués que les guides prennent directement les barres céréales dans nos sacs, nous les ouvrent, nous les donnent à manger comme à un enfant, et les rangent précautieusement dans les sacs. Il fait encore nuit. On ne vit absolument rien du paysage. Le vent souffle. Le dénivelé devient très important. On n’ose pas demander si on est bientôt arrivés. On repart.


Vendredi 5h. On hésite entre faire des pauses et grimper en non-stop tellement on est vidés. ‘Vidés’ est vraiment le terme. Je n’ai mal nulle part. Je n’ai pas froid, ni faim ni soif. Mais je suis à bout, vidée de toute énergie. On fait à présent 1 pas toutes les 10 sec. Je me demande comment je vais faire pour y arriver sachant que je n’ai pas envie d’abandonner. Un vent à décorner les bœufs souffle à présent. Il me déporte sur le côté. Je dois ainsi redoubler d’énergie pour reprendre le sentier. A fur et à mesure mon cerveau s’est mis en pilotage automatique. Je ne regarde à présent que les pas de celle qui est devant moi. Chaque pas est un challenge relevé.


Vendredi 6h. Je suis rentrée en mode survie. Je me fie uniquement aux pas de mon amie qui est juste devant et à ceux du guide qui marche en premier. Je sais que mon autre amie marche derrière. Et on avance, on marche, on gagne chaque pas fait. Quand le guide, pensant bien faire, nous dit qu’on est bientôt arrivé dans 30 minutes, je ne pense plus à rien. Je me dis que je n’ai pas le choix. Je suis vidée, vidée…même de fatigue…Je serais curieuse de savoir pourquoi physiologiquement on se retrouve dans cet état. Est-ce que somme toute de la fatigue, le manque d’oxygène ?


Vendredi 6h30. Nous arrivons enfin sur le plateau du Mont Kilimanjaro. Il y a 20 cm de poudreuse. Le vent doit souffler à 100 km/h. Les guides nous pressent pour qu’on aille au bout du plateau pour faire une photo devant le panneau d’arrivée. Je les ai maudits. Moi qui me suis demandée comment j’allais faire pour grimper, j’étais trop heureuse d’être arrivée. Faire 100m de plus pour une simple photo. Devant le panneau, une foule de touristes et de guides grouillait. On a pris 3 photos rapidement, puis les guides nous ont fait signe de redescendre à toute hâte. Un de nos amis m’interpelle, me disant qu’il n’y voyait plus rien. Gros stress. Notre guide principal le prend sous son bras et ils descendent comme ils peuvent. On a dû rester 10 min en tout et pour tout au sommet. Nous n’avons eu le temps de ne rien savourer. On n’a quasiment rien vu. Les guides avaient tellement peur que nous nous refroidissions, et qu’il nous arrive malheur à 5 895m d’altitude. Il est vrai que personne ne savait comment il allait réagir à cette altitude-ci.


La vue en haut du Kilimanjaro


Vendredi 7h. Comment reprendre la route alors qu’on est allé à 150% de ses capacités ? Comment redescendre alors qu’on est vidé de toute énergie ? Encore une fois on se dit qu’on n’a pas le choix et qu’on doit redescendre.


Vendredi 7h30. Le début du calvaire. Le chemin du retour qui est différent de celui de la montée est composé de terre rocailleuse et de cailloux. On fait jouer les muscles des cuisses, on glisse car le terrain est meuble. Le paysage n’a aucun intérêt. Chaque mètre est une épreuve. On a mal aux cuisses et aux mollets. On en a marre. J’ai dû mettre 1h pour faire 2 km.


Vendredi 10h. Arrivée au camp. La première chose fut de dormir. Après 2h de sieste et un bon petit déjeuner pris tous ensemble, on est reparti pour une nouvelle randonnée de 10 km pour atteindre le prochain camp.


Le Kilimanjaro ? Oui cela est à faire. Oui les paysages des 5 jours avant l’ascension sont fabuleux. Oui nous sommes contents d’avoir réussi l’ascension du Kilimanjaro. Néanmoins je ne le referai pas. Non pas car cela est difficile physiquement. Mais car il nous a manqué un effet waouh, un côté plaisir durant l’ascension et au sommet.